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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 00:07
 
  • Ah ! Le voici le grand Baradel ! S'écrie Lejeal.

Le grand Colas, désireux d'éviter toute discussion avec le tristement célèbre Lejeal,continue son chemin en direction du Haut de Herméfosse mais, s'apercevant que Laurent s'est arrêté, il s'assoit sur le talus au bord du chemin.

  • Oui, le voici, que lui veux-tu ?

  • Tu le demandes, grand bougre, espèce de scélérat, tu dois bien le savoir !

  • Laisse-moi passer, tu as trop bu et tu ne sais plus ce que tu dis !

Lejeal, furieux, fonce alors sur Baradel, suivi par Didier. La dispute se mue en bagarre et la colère et l'alcool ont énervé considérablement Lejeal. Pourtant plus grand et plus fort, Laurent craint l'intervention de Didier et la fougue de Lejeal le pousse à appeler son ami :

  • A moi, grand Colas, tu es là ?

    Ferry, comprenant que les choses tournent mal, ramasse une pierre, la met dans son mouchoir et court vers les trois hommes. Il maîtrise Didier et le met à l'écart des deux autres.

  • Tu as une pierre ? Lui demande Didier.

  • Oui, au service de ceux qui en voudront ! Il ne faut pas se mettre à deux contre un quand on n'est pas des lâches !

Attirés par le bruit, les deux sabotiers des Arrentès et le jeune pâtre sortent par derrière pour voir ce qui se passe. Reconnaissant leur patron ainsi que sa femme, qui venait de rejoindre les antagonistes en lançant des injures à l'adresse de l'un d'eux, ils le voient aux prises avec le grand Baradel et le grand Colas avec Didier. Tous trois décident alors de rentrer, toujours par derrière, et de ne pas se mêler de cette histoire.

Lejeal a fort à faire avec Laurent. Tout en maintenant Didier, le grand Colas voit alors briller un objet dans une des mains de Lejeal. Il hurle :

  • Arrête, coquin, scélérat, tu te sers d'un couteau ! !

    Mais il n'a pas le temps d'en dire plus et, horrifié, lâche son «  prisonnier » en voyant son ami s'écrouler ! Lejeal rentre alors précipitamment chez lui tandis que Didier se hâte de disparaître. Colas se penche sur Laurent, étendu sur le chemin :

  • Laurent ?? Tu as donc bien reçu un coup de couteau ?

  • Oui...

    C'est le seul mot que Laurent Baradel a la force de prononcer.

     

    Il est, à ce moment-là, environ 9 heures du soir. Affolé, Nicolas constate que son ami ne bouge plus. Pris de panique, il hésite quelques secondes puis court vers Granges. Il se dit que l'adjoint au maire, Jean-Baptiste Michel, saura quoi faire.... Il fait nuit lorsqu'il arrive, exténué. L'adjoint est encore en train de bavarder avec Francion, il est à peu près 10 heures du soir, et L'adjoint se rend compte qu'il s'est passé quelque chose d'anormal :

  • Le grand Colas, qu'y a-t-il donc ? Tu parais affolé ? !

  • Ah, s'écrie Nicolas tout essoufflé, si tu savais ce qui arrive …

  • Explique-moi vite ce qui t'a fait revenir ici et dans un tel état ! Tu devrais être déjà chez toi depuis longtemps …

  • Voilà... Laurent et moi......quand nous sommes arrivés devant chez Lejeal..... Il nous attendait, il a surgi du dessus du chemin et une bagarre s'est vite déclenchée entre Laurent et lui........... Il a sorti son couteau et Laurent est tombé........... je crois.... qu'il est mort.....

  • Quoi ?? Ce n'est pas possible ? !

  • Si, malheureusement, j'ai pensé à te prévenir aussitôt.

  • Tu as bien fait, viens, nous allons tout de suite à Rosé !

     

    Les deux hommes remontent rapidement sur les lieux du drame. Force est à Jean-Baptiste Michel de constater que Ferry a dit vrai : Laurent Baradel gît, sur le dos, à 30 pas au-dessus de chez Lejeal.

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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 00:36
 

A cet instant la conversation change de sujet. Claude et Jean-Baptiste ont rejoint un petit groupe qui rentre également de la foire, il y a là Marie Anne Demangeon, l'épouse de Nicolas Georges Perrin, autre fermier de Rosé installé non loin de chez Jean-Baptiste, accompagnée de sa fille et son fils ( Nicolas Georges : comme son père …).

  • Comment as-tu trouvé la foire Marie Anne? interroge Jean-Baptiste,changeant ainsi de sujet !

  • Rien de bien nouveau, mais j'aime bien y faire un tour à chaque fois ! Maintenant il est l'heure d'aller faire la soupe, ce n'est pas mon homme qui s'en chargera !

  • J'ai faim, moi aussi, et il me tarde de rentrer me mettre quelque chose sous la dent !

  • Ne sois pas si pressé, intervient Claude Lejeal, Marguerite et ton petit Jean Joseph t'attendront encore un peu, tu n'as qu'à repasser chez nous prendre un dernier verre !

  • Non, non, il faut que je rentre....

  • Allons, qu'est-ce que ça peut faire ?Marguerite ne t'en voudra pas d'aller dire bonjour à sa soeur et Marie Thérèse sera contente de te voir.

 

Le groupe arrive alors au croisement du sentier, à deux portées de fusil de la ferme Lejeal, qui mène chez Perrin et chez Jean-Baptiste Didier. Marie Anne salue les deux hommes et emprunte à sa droite le sentier en question, suivie de ses enfants. Jean-Baptiste leur emboîte le pas mais son têtu de beau-frère revient à la charge :

  • Viens donc avec moi quelques minutes, tu ne vas pas refuser à ton beau-frère de t'offrir un verre ?

  • Marguerite a sûrement préparé les patates et l'estomac me creuse rien que d'y penser....

  • Ecoutez-le, il est si affamé qu'il ne peut patienter ! Allez, allez, ne te fais pas prier, viens ! D'ailleurs je suis plus vieux que toi et tu me dois la politesse !

 

Et Lejeal part d'un grand rire. Jean-Baptiste est plus jeune que lui : il n'a que 36 ans alors que lui en a 37 ! ! De guerre lasse, Didier accompagne Lejeal. Mais Claude n'a qu'une idée en tête : Baradel. Celui-ci finira bien par rentrer aussi et, inévitablement, empruntera ce chemin, il le verra bien passer … Ils arrivent alors qu'il est un peu plus de 8 heures du soir. Jean-Baptiste embrasse sa belle-soeur et serre la main de 3 autres personnes présentes : un jeune garçon de 13 ans, Jean Georges Thiébaut, employé à la fois en qualité de domestique et de pâtre, et 2 sabotiers des Arrentès employés comme journaliers, Jean François Genay et Nicolas Stouvenel. Le premier a 20 ans et le second 19 ans. Ils sont logés par leur maître occasionnel qui leur fournit aussi le couvert.

 

Le début de soirée de ce mardi 17 juin 1823 est très agréable et Claude Lejeal est rapidement ressorti pour prendre l'air du soir, suivi par Jean-Baptiste Didier et ils bavardent devant la porte de la grange.

 

Jean-Baptiste a bien remarqué que Claude tourne souvent la tête vers le chemin et qu'il semble épier le moindre bruit, mais il n'y prête pas grande attention.

 

Soudain, ils perçoivent nettement des bruits de voix provenant du chemin de Granges. Claude a aussitôt compris qu'il ne peut s'agir que de Laurent Baradel qui remonte en causant avec son ami de La Chapelle, Colas Ferry, de la cense du Pré du Lait, et il attend que les deux compagnons soient à quelques pas pour se montrer. Un peu inquiet, son beau-frère le suit néanmoins..............

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 02:08
 

Soudain, Jean-Baptiste s'adresse à voix basse à Laurent :

  • Ne te retourne pas, mais je viens de voir entrer Claude Lejeal.

  • C'est vrai, dit Colas, et il n'a pas l'air frais.... Il a dû faire le tour des cabarets !

  • Il est seul ?

  • Non, avec son beau-frère, Jean-Baptiste Didier, de Rosé, celui qui s'est marié il y a 5 ans avec Marguerite Georgel, la soeur de la femme Lejeal....

  • Il nous a vus et je crois qu'il vient vers nous, ajoute Jean-Baptiste Michel.

  • Que peut-il bien vouloir encore ? s'inquiète Laurent.

  • Il arrive, on va le savoir …

  • Bien le bonjour, belle journée pour une foire réussie, pas vrai ?

  • Bonjour Claude, oui, on peut le dire.

  • Il faut fêter ça, tu bois une bouteille avec moi Baradel ?

  • Non, Claude, je te remercie, mais je suis en compagnie....

  • Je le vois bien, mais ce n'est pas ça qui t'empêche de boire un coup avec moi.

  • Je regrette, Claude, je suis avec mes amis et il ne serait pas correct de les planter là pour aller boire à une autre table, tu comprends ?

  • Non ! Il ne faut pas longtemps pour «  trinquer », tu ne peux pas me refuser, ça aussi ce serait incorrect !

 

Lejeal cherchait visiblement un prétexte pour engager une nouvelle dispute.

- Mais non, Claude, mais je suis avec Nicolas et Jean-Baptiste et je reste avec eux jusqu'au moment de retourner chez moi.

  • Alors, comme ça, tu refuses ?

  • Une autre fois, aujourd'hui restons-en là.

  • En rester là ? Ce serait trop facile. Tu préfères leur compagnie à la mienne et tu voudrais que j'en reste là ? Non seulement tu es un voleur et un traître mais, en plus, tu n'es qu'un gueux Baradel !

  • Je t'en prie, Lejeal, reste poli et ne recommence pas tes insultes !

  • Espèce de cochon, tu t'empares des terrains de la commune et tu crois t'en tirer si facilement....

Jean- Baptiste Didier, son beau-frère, intervient alors :

  • Allons, Claude, viens, on va remonter à Rosé.

  • Rien ne presse ! J'ai deux mots à dire au grand Baradel !

  • Laisse donc tomber et partons, insiste Didier.

 

Mais Lejeal est de plus en plus arrogant, prêt à en découdre et, la menace qu'il représente pour la tranquillité de l'auberge, pousse Francion à utiliser la force et à le jeter dehors.

 

Une fois de plus, Claude Lejeal est expulsé sans ménagements et par nécessité d'un débit de boissons. Cela ne fait qu'ajouter à sa rancoeur et c'est en ruminant ses pensées qu'il reprend la direction de son domicile, avec son beau-frère. Il est 18 heures passées....

  • Ce Baradel, il faudra bien que je lui fasse rendre gorge ! C'est une question d'honneur, jusqu'à présent il a le dessus mais un jour ….

  • A quoi bon ? Tu ne peux rien changer : tu ne reviendras pas sur la vente ou la location des terrains de la commune ….

  • Peut-être, mais ça mérite vengeance !

  • Pense à autre chose et cesse de te tourmenter avec ces histoires...

 

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 00:07
 

Tout en marchant d'un bon pas, Laurent pense à l'approche de la fenaison. Traditionnellement, si le temps le permet, on commence à faucher le 20 juin et c'est dans 3 jours ! Cela promet de belles courbatures.... Son fils fauche aussi et les faucheurs sont suivis par Marguerite et un ou deux journaliers qui «  répandent » l'herbe au râteau.

Le voici à Rosé, près de la ferme Lejeal. Personne dehors. C'est mieux ainsi, se dit Laurent, qui appréhende toujours le, moment où il passe devant chez Marie Thérèse et Claude, craignant à chaque fois d'être insulté. Il accélère le pas, prêt à suivre son chemin «  comme si de rien n'était » si quelqu'un apparaissait, car il pense qu'ajouter de l'huile sur le feu est inutile. Ouf ! La maison Lejeal est à cent mètres derrière lui et il replonge dans de meilleures pensées, respirant à pleins poumons l'air pur des sapins en cette journée ensoleillée. Il est à Tihaugoutte et en vue du Pré Genêt, donc plus très loin du centre mais il s'attarde à bavarder avec ceux qu'il rencontre :

  • Tu vas à la foire, Laurent ? Dire que la dernière remonte déjà à trois mois ! ( Effectivement le foire de Granges avait lieu le troisième mardi de mars, juin, août et novembre, les autres mardis de l'année étant consacrés au simple marché ),

  • Oui, père François, le temps passe si vite …

  • Oh, tu sais, pour moi qui n'ai plus grande activité, cela me paraît bien long !

 

En traversant Les Paires, Laurent se remémora la ferme de ses parents et ses jeux d'enfants. Ses souvenirs étaient précis et proches dans sa mémoire. Ce nom de «  Paires » venait de ce que l'endroit avait été défriché par des moines ( des Pères ) aux alentours du 3 ème siècle et peut-être même avant.

 

Puis Laurent arriva sur la foire.. Sa première visite dura longtemps, ce fut pour les marchands de bestiaux. Eleveur jusqu'au plus profond de lui, il aimait admirer les bêtes même s'il n'avait pas envisagé d'en acquérir une nouvelle.

  • Belles bêtes, n'est-ce pas ?

  • Certes, ces veaux sont de première force, ils vaudront leur prix, affirma Laurent, connaisseur

Il s'attarda moins près des autres marchands, si ce n'est pour causer de choses et d'autres avec des connaissances :

  • Les récoltes seront bonnes cette année, qu'en penses-tu Laurent ?

  • Je crois que le blé, l'avoine, le seigle et l'orge feront de bons rapports, en effet.

 

Il y avait à Granges une demi-douzaine de moulins à grains, moulins à eau, dont la roue à aubes entraînait de grosses meules en grès. Les cultivateurs n'étaient pas seulement des éleveurs. D'autre part, leur récolte de pommes de terre était en partie destinée à la production de fécule et on conduisait les tubercules, mis en sacs, à la féculerie la plus proche. Pour la culture de la pomme de terre c'est la région de Corcieux qui est la plus propice et très renommée, jusque dans d'autres régions de France.

A Granges, pour une superficie de près de 3 mille hectares, environ 27% sont des terres labourables, 28% des prés et 30% des bois. Bien sûr, l'exploitation forestière est importante et les scieries occupent une grande place.

On fait aussi le commerce de toile de lin ou de chanvre.

Oui, Granges a bien évolué depuis 1710 et ses 65 habitants ! Aujourd'hui on approche des 2500 et la communauté graingeaude compte plus de 450 maisons.

 

Les heures s'écoulent et, dans l'après-midi, vers 16 heures, ayant rencontré Nicolas Ferry, c'est-à-dire le grand Colas, son ami, Laurent entre avec lui et Jean-Baptiste Michel, l'adjoint au maire, chez Francion, l'aubergiste. Chacun commente l'ambiance de la foire, donne son avis sur la qualité, estime le nombre de badauds, envisage déjà la prochaine, en août, énumère ses rencontres, les nouvelles apprises ou cite les amis qu'il n'avait pas revus depuis la foire de mars. Les trois amis boivent un peu de vin puis du café. Il est déjà presque 17 heures …

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 02:08
 

Mardi 17 juin 1823. Jour de foire à Granges.

 

Ce matin-là, Laurent Baradel vaque à ses occupations en s'efforçant d'être plus rapide qu'à l'ordinaire car il est impatient de descendre à la foire. D'autant que la journée s'annonce belle, le soleil inonde Herméfosse et les odeurs printanières sur la rosée matinale enchantent Laurent qui sait apprécier le bonheur à ces petits riens qui représentent pourtant l'essentiel : la vie dans tout ce qu'elle a de bon quand elle est proche de la nature, proche de la paix.

 

Aidé de son fils, il jette du foin depuis le grenier pour les vaches; il manie la fourche avec soin, de manière à étendre le foin devant les bêtes prêtes à traire avant d'être sorties. Pour la traite il utilise un petit tabouret à un seul pied, ses jambes servant d'appui, qu'il a attaché autour de sa taille. Ses doigts habiles pressent les mamelles et le bon lait chaud gicle dans son seau. Pour éviter de recevoir la queue des vaches, il l'attache grâce à une ficelle fixée à un clou dans le plafond de l'étable.

Pendant ce temps, Laurent fils, a mis à cuire les pommes de terre que Marguerite donnera tout à l'heure aux cochons. L'élevage de quelques cochons, un ou deux, est un apport supplémentaire et, lorsque vient le moment de « tuer le cochon », on fume les jambons et le lard qui entre pour une bonne part dans la cuisine vosgienne. On fait aussi du boudin noir, bref, on ne laisse rien perdre.

  • Laurent, as-tu terminé de traire ?

  • Oui, Marguerite, je vais aller conduire les vaches au parc. Tu as donné les patates aux cochons ?

  • J'y allais, ensuite j'irai m'occuper des poules et des lapins. Qui sort le fumier aujourd'hui ?

  • J'ai demandé au gamin de le faire, il a déjà commencé...

  • Je m'en doutais...Tu es pressé ce matin on dirait ?

  • Tu me taquines... Tu sais que j'adore les jours de foire, c'est sacré pour moi et je ne vais pas la manquer, revoir des amis et toutes ces nouvelles choses...

Marguerite, après avoir donné à manger à ses cochons, lance des graines aux poules, ainsi que des coquilles d'oeufs, elles en ont besoin car le calcaire est rare et cela les aide pour la coquille de leurs oeufs, puis elle distribue de l'herbe, quelques épluchures de légumes et une poignée de foin aux lapins. Les clapiers se trouvent dans une remise attenante à la ferme, tout comme la soue, qu'on appelle réduit, petit espace clos de planches. Quant au poulailler, il est accessible par une petite porte à l'arrière de l'étable, dans laquelle Laurent leur a installé un perchoir et on les rentre le soir venu car le renard rôde... il faut bien protéger les poules car le rusé coquin apprécie ce mets de premier choix, tout comme la buse qui ne se prive pas lorsqu'elle peut fondre sur l'un ou l'autre de ces gallinacés affolés.

Au retour du parc, Laurent interpelle son fils, qui décharge une brouette de fumier sur le tas proche de la ferme :

  • Ca va comme tu veux, mon garçon ? Je vais te donner un coup de mains ….

  • Mais non, cours te préparer pour la foire, cela vaudra mieux !

  • Et toi ? Tu n'y descends pas ?

  • Si, plus tard, j'ai promis d'y retrouver mes amis.

  • Bon, je vais me préparer alors....

Laurent s 'était rasé de près de bon matin, il fait un brin de toilette, troque ses vêtements de travail contre un pantalon de toile bleue et une chemise blanche, échange ses sabots contre des souliers de cuir presque neufs et s'apprête à partir non sans être allé embrasser Marguerite....

En fermier consciencieux, il jette encore un regard attentionné autour de la maison et s'engage dans le chemin qui rejoint, à une cinquantaine de mètres de la ferme, le chemin de La Chapelle à Granges, via Rosé. C'est à ce petit croisement que Laurent et Marguerite avaient fait ériger une croix, un calvaire, il y a maintenant déjà 13 ans.. En passant devant il se signe, regarde à droite, espérant voir apparaître le grand Colas, du Pré du Lait, afin de faire le trajet en sa compagnie, mais il n'y a personne en vue.

  • Bah, se dit-il, je le retrouverai bien en bas...

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 23:54
 

Joseph Lejeal s'était alors calmé et était reparti, bougonnant, vers son domicile de La Sauteure à Granges.

  • Décidément, les Lejeal ne t'aiment pas, Laurent....

  • Je sais et ça m'ennuie, mais ce n'est pas moi qui ai commencé les hostilités. Vous me connaissez, je ne cherche de noises à personne.

  • Mais oui, nous le savons, et nous connaissons la réputation de Joseph et son frère !

 

Quelques semaines plus tard, début mai, une autre dispute éclata, cette fois entre Claude et Laurent, chez le cabaretier de Granges, Jean Dominique Morel. Les propos de Lejeal étaient invariablement semblables. Ce jour-là, Jean-Baptiste Michel, son cousin germain, cultivateur mais aussi adjoint au maire de Granges, était attablé au cabaret avec le grand Baradel et fut pris à partie également :

-Tu es sûrement de mèche avec lui, toi, l'adjoint au maire ? Ce n'est pas pour rien que tu es en compagnie de ce voleur de Baradel...

 

Le ton avait monté et Claude avait sorti son couteau, provocateur. Jean-Baptiste Michel s'était alors levé, fâché :

  • ça suffit comme ça, Claude, il faut toujours que tu aies un couteau en main ! Tu ne voudrais tout de même pas t'en servir contre ton parent ? Te rends-tu compte de tes actes et de ce qui pourrait arriver ? Quand donc cesseras-tu tes bêtises ? Tu te montes la tête pour rien et tu te fais des idées ! Là où il n'y a rien tu échafaudes toutes sortes de complots contre toi ! !

 

A ce moment-là, Jean-Baptiste Michel, le cabaretier ainsi que Marie Barbe, la femme de ce dernier, s'étaient jetés sur Lejeal, le voyant prêt au pire. Ils le maîtrisèrent, lui arrachèren vivement son couteau et le cassèrent pour éviter qu'il ne finisse par blesser quelqu'un. Aigri et vexé, Lejeal s'empara alors d'un verre qu'il lança avec force à la figure de Laurent Baradel, qui, heureusement, l'évita de justesse. L'autre ne se calma pas , persista, déjà passablement éméché, saisit une bouteille et la brisa en frappant de colère sur une table pour s'en faire une nouvelle arme, aussi dangereuse que la première ! Poussés à bout, et ne voyant pas d'autre solution devant une telle furie, Morel, Michel et un ou deux autres consommateurs excédés, empoignèrent le violent individu et le jetèrent dehors sans ménagement !

 

  • Quel calme lorsqu'il n'est plus là, constata Marie Barbe Morel, la cabaretière, cela devient impossible. Ce gaillard-là est une véritable plaie et il serait bien capable de nous briser tables et chaises !

  • C'est un danger public, tu veux dire, rajouta son mari.

 

C'est à ce genre de scènes de plus en plus fréquentes que Claude Lejeal habituait les Graingeauds qui envisageaient mal l'avenir de cet «  échauffé » !

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 14:23
 

 

Le calvaire, ou croix de chemin, situé au Haut de Herméfosse, à 50 mètres environ des ruines de la ferme Baradel, érigé en 1810 par Laurent Baradel et Marguerite Mengeolle, tel qu'on peut encore le voir aujourd'hui. Malheureusement le croisillon est tombé et s'est cassé, et le grès s'effrite d'année en année....

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 04:52
 

Granges était en plein développement. Laurent Baradel le savait et lui aussi, le propriétaire d'Herméfosse, avait suivi le mouvement : il s'était «  agrandi ». Outre la ferme et ses dépendances, au Haut de Herméfosse très exactement, il possédait au même endroit 2 prés et 3 champs. A Herméfosse, juste au-dessous, il avait 4 champs, 2 prés et un bois. Au Champ de l'Epine, tout près, 2 champs lui appartenaient, un autre à La Petite Fosse et un bois à la Grange Léonard.

C'était une situation enviable et, depuis quelques années, il était jalousé par Claude Lejeal, qui était, souvenons-nous, installé à Rosé, 800 mètres plus bas, sur le chemin de Granges. Ce dernier lui en voulait depuis que Laurent avait acheté en 1820 ce terrain communal de 21 ares 38 centiares. Il aurait voulu aussi ce terrain assez proche, leurs deux exploitations n'étant que peu éloignées l'une de l'autre... Mais Baradel avait soumissionné l'achat en 1819 de la façon la plus légale qui soit, en même temps d'ailleurs que 132 autres acquéreurs de terrains semblables, plus ou moins étendus, vendus par le Conseil Municipal pour couvrir le manque relatif aux dépenses afférentes aux travaux de reconstruction de la maison d'école, des logements de l'instituteur et du marguillier et de la restauration du presbytère.

En plus de cela, Laurent louait des pâturages communaux que Lejeal convoitait également, ce qui alimentait sa rancune, tant et si bien qu'il ne pouvait plus sortir sans exprimer sa colère envers le grand Baradel. Son goût pour la boisson accentuait encore ses accès de fureur en présence ou non de celui qui était devenu son ennemi et, lorsque l'ivresse le gagnait, il ne se contenait plus, vociférait, faisant de grands gestes et s'agitant nerveusement, en proie à une sorte de folie.

Il est de ces personnes, apparemment sensées, que l'alcool transforment en violents agressifs. Claude Lejeal était de ceux-là, certes il n'avait jamais été «  facile », mais cette rivalité, cette haine, avaient aggravé son caractère.

  • Oui, disait-il à qui voulait l'entendre, Baradel, mon voisin, n'est qu'un sale voleur. Il s'est accaparé de terrains communaux. Evidemment, c'est facile, quand on a l'appui de certaines personnes bien placées.... Mais, ça ne se passera pas comme ça et, moi, Claude Lejeal, je vous jure bien que je lui ferai voir qui je suis !

  • Allons, Claude, du calme, répondait parfois un de ceux que ses colères n'impressionnaient pas, rien ne sert de te mettre dans cet état. Tu sais bien que tu ne peux rien contre lui, il n'a rien volé du tout, tu ferais mieux de remonter chez toi, ta femme et tes enfants t'attendent sûrement depuis longtemps.

  • De quoi ? je n'ai pas besoin de vos conseils et je sais ce que j'ai à faire, fichez- moi la paix si vous soutenez cette grande canaille !

De jour en jour, Lejeal devenait irascible, et c'était toujours un soulagement que de le voir reprendre le chemin de Rosé.

  • Ce type-là finira mal, il abuse de la bouteille, il se ruine santé et esprit, et il est bien capable de faire des bêtises, hargneux comme il est...

  • Encore une chance qu'il ne soit pas très fort, le grand Baradel est bien plus costaud que lui, il n'osera jamais essayer de le frapper...

  • Ne t'y fie pas, ce Lejeal est un nerveux et il peut être dangereux quand il a bu.

Le frère de Claude, Joseph Lejeal, de son prénom entier Jean Joseph, avait rallié la cause de son frère et lui non plus ne se privait pas d'invectives à l'encontre du rival de son cadet.

En mars de cette année 1823, Laurent et Joseph s'étaient rencontrés chez Nicolas François Perrin, un cultivateur de La Chapelle et la discussion avait vite dévié vers des reproches à Baradel :

  • … tu n'es qu'un traître, Baradel, et mon frère devrait te corriger ! S'il ne le fait pas, c'est moi qui m'en chargerai...

  • Ecoute, Joseph, avait rétorqué Laurent, ne te mêle pas des histoires de ton frère, la plupart du temps il ne sait plus ce qu'il dit …

  • Tu oses l'insulter ? Attends, tu vas voir...

Et il fit mine d'empoigner Baradel, mais Perrin et le gendre du maire ( Jean Nicolas Noël ) de la Chapelle qui se trouvait là, étaient intervenus vigoureusement .

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      • Arrête Joseph ! Tu es chez moi ici ! Avait dit Nicolas François en le maîtrisant

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 00:01
 
  • Alors, la pétition que vous avez signée, il y a 3 ans, pour obtenir un droit de pâture dans les forêts royales, elle vous a profité ?

  • Je veux ! Et il était temps car on aurait tout perdu, affirma Jean Nicolas Lecomte.

  • A qui l'aviez-vous adressée cette pétition ?

  • Au Directeur de l'Enregistrement et des Domaines des Eaux et Forêts du département, mais c'est le Maître des requêtes, le Préfet, qui nous a répondu favorablement en nous ouvrant un parcours de vaines-pâtures de 200 hectares aux cantons des Grandes Ronces, de l'Air d'Oiseaux, du Pré Levenant et de Firbacôte, au printemps 1820, précisa Valentin Crouvisier.

  • Comment vous y êtes-vous pris ?

 

Jacques Daniel prit alors la parole :

  • On a expliqué que nos métairies étaient à l'intérieur des forêts royales, qu'on ne pouvait en sortir qu'en passant dans ces forêts et qu'il n'y a point de forêt communale dans la partie qu'on occupe, pas plus que de terrains communaux pour le pacage de nos bestiaux.

  • D'ailleurs, reprit Joseph Bombarde, pour éviter les contraventions, sévères !, si nous avions fait pâturer nos bêtes dans les forêts royales, nous devions utiliser toute l'herbe de nos prés, notre unique ressource, quoi ! Et ça n'aurait pas duré...

  • Mais, dit Francion, j'ai ouï-dire qu'en 1703, ça ne date pas d'hier, le Duc Léopold avait déjà autorisé le droit d'usage pour les bestiaux entre Granges et Gérardmer, non ?

  • Tout juste, et nous l'avons rappelé, tu penses bien, dit Lecomte, on a même ajouté, et c'est vérité, que le bois était peu recherché, beaucoup moins que les pâturages.

  • L'autorisation est annuelle ?

  • Du 1er mai au 15 septembre, c'est ce qu'il fallait parfaitement.

  • Combien étiez-vous à signer cette pétition ?

  • Attends, que je me souvienne, dit Valentin Crouvisier, on devait être une bonne trentaine : nous quatre, plus les deux Colnel, André, les trois Délon, Tisserant, Voirin, les deux Lejal, Viry, Marie Durand, Jolé, Baradel, Dominique Lallemand, les trois Georgel, Joseph Rivat, Didier, les deux Villaumé, Jean-Baptiste Balland, Jean Nicolas Michel, Boulay et Perrin.... Mais tu me donnes soif de parler, sers-nous donc, allez Francion !

 

Chacun admirait les courageux marcaires qui avaient su faire aboutir leur requête vitale. On se disait aussi que, sans l'instruction offerte par le développement des écoles et bien que Napoléon n'ait pas fait pour le Primaire ce qu'il fit pour les Lycées, personne n'aurait été capable de s'atteler à une telle tâche nécessitant réflexion et maîtrise de l'écriture pour rédiger et signer un texte qui soit efficace. Ah ! Savoir lire et écrire ! Quelle belle chose ! A l'avenir ça servirait encore, à coup sûr...

 

Bien sûr, Granges avait dû faire beaucoup d'efforts financiers pour la reconstruction, achevée l'an dernier, en 1822, de la maison d'école ainsi que du presbytère, et le coût en avait été plus élevé que prévu, il avait fallu vendre des terrains communaux pour réussir à boucler l'adjudication des travaux. Même les gens de Barbey-Seroux, le hameau devenu commune, un peu réticents au début, en 1818, admettaient que leur quotte-part, un sixième du total soit six cents francs, était bien peu de choses en regard du Savoir, de l'Education des enfants. En plus, le maître d'école avait maintenant un logement et aussi le marguillier, qui tenait les comptes de la paroisse.

 

Ainsi, la bourgade de Granges s'était hissée à un stade supérieur et cela aiderait à son expansion.

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 05:13
 

Sur la foire on vendait toutes sortes de choses fabriquées sur place ou autres mais la plus grande place revenait aux marchands de bestiaux. Le bétail attirait tous les regards et on marchandait dur l'achat ou la vente d'une belle bête. « Tope-là », c'est dans ces termes et en se touchant simplement main que l'affaire était conclue.

Les femmes bavardaient entre elles, sans s'attarder car il y avait la soupe qui n'attendait pas ! Elles se laissaient aller parfois à rêver devant de beaux tissus et c'était fête lorsqu'elles pouvaient s'en offrir un.

  • As-tu vu, Marie, ce beau coupon là-bas, sur l'étal de ce marchand de St-Dié ? J'en ferais bien une nouvelle robe, la mienne n'est plus de la dernière rosée !

  • Oui, Catherine, il me fait envie à moi aussi mais ce sera pour une autre fois, je dois penser à l'essentiel et nous avons perdu une vache la semaine dernière, alors...

  • Tout d'même, on trime du matin au soir et pourquoi ? J'te l'demande ….

  • Bah, l'espoir fait vivre... Achète-le donc ton tissu Catherine, profite tant que tu le peux !

  • Après tout.. tu as raison Marie, j'y vais de ce pas !

A l'angle, au coin de l'église, le cordonnier vendait des chaussures de cuir qui faisaient l'orgueil des plus élégants mais surtout des plus riches car la chaussure habituelle des paysans c'était le sabot, le «  courte-gueule », plus exactement, sabot entièrement en bois, sans lanière de cuir comme certains.

  • Je te vois là, prêt à acheter ces souliers de cuir, mon Joseph ?

  • Que non, Pierrot, j'en ai une paire que j'ai achetée il n'y a pas 3 ans et elles est loin d'être usée. Mes souliers de bois le seront avant ! Je ne les porte que pour la messe du dimanche et aux grandes occasions. Je crois bien que la dernière fois c'était au mariage de ma cadette, en octobre, ou plutôt non, à l'enterrement du vieil Antoine, en janvier de cette année.

Tout comme les habits du dimanche il faut économiser les chaussures et qu'elles fassent une « paire» d'années, comme on dit dans les Vosges. La paire, ici, peut être multipliée par le nombre qu'on veut............

Les hommes qui trinquaient chez Morel, après avoir vu ce qui les intéressait sur la foire, se retrouvèrent comme convenu chez Francion.

  • Salut Francion, tu fais ton beurre aujourd'hui, hein ?

  • Salut à tous, ça va en effet,mais que de travail !

  • Bah, tu ne regretteras pas les taxes que tu verses au percepteur !

  • Oh oui, depuis 1804, on doit déclarer ses rentrées et payer le 30 du mois : 1 franc par hectolitre de bière, 2 francs par hectolitre de vin et 4 par hectolitre d'eau de vie !

  • Tu ne peux pas en rentrer un peu en douce ?

  • Mieux vaut être en règle : c'est trop risqué, pour les contrevenants l'amende est égale à la valeur totale de ce qui n'a pas été déclaré !

  • Qu'est-ce qu'ils font de l'argent des amendes ??

  • Je crois que la moitié est versée à la caisse de l'hospice civil d'Epinal pour le service des enfants abandonnés.

  • En voilà au moins une partie employée pour du bien … Tiens voici les marcaires ( fromagers) du haut Liézey et de Champdray. Salut Lecomte, salut Bombarde, salut Crouvisier, salut Daniel ! Vous vendez sur la foire ?

Les poignées de mains étaient chaleureuses.

  • Oui, mais on a soif.

Mais les pauvres assoiffés durent répondre aux questions des Graingeauds qui avaient toujours envie de faire la causette ! ….........

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