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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 00:02
 

Les jurés continuent leur délibération par une constatation :

C'était toujours quand il avait bu que Claude Lejeal sortait son couteau, son arme, comme une espèce de palliatif.

Quant à son épouse, les jurés tombent d'accord pour admettre qu'elle est sortie en entendant des cris, qu'elle a bien injurié également Laurent Baradel, secondant ainsi son mari, mais uniquement en paroles. Certes soutenu par sa femme, Claude Lejeal n'avait pas besoin de cet encouragement, toutes les fois où il avait manifesté de l'hostilité envers Baradel, Marie Thérèse ne se trouvait pas avec lui pour le conseiller !

La délibération terminée, le jury répond aux deux questions du tribunal :

« Non, à l'unanimité, Marie Thérèse Georgel n'est pas coupable.

Oui, à l'unanimité, Claude Lejeal est coupable d'avoir porté volontairement un coup duquel est résulté la mort mais sans intention de la donner et sans les circonstances de guet-apens et de préméditation ».

Cette dernière déclaration fait bondir les avocats, Maîtres Mandheux et Pellet : comment comprendre la décision du jury qui affirme que l'accusé n'avait pas l'intention de donner la mort, tout en admettant deux secondes auparavant que le coup porté était volontaire ? Car, enfin, s'il n'y a pas intention, est-il possible qu'il y ait en même temps volonté délibérée ? ? Il y a là contradiction évidente ! !

Pressé par les avocats, le Procureur du Roi, Joseph Cuny, représentant le ministère public, est contraint à requérir une nouvelle délibération du jury, qui rapportera donc une seconde déclaration :

«Claude Lejeal est coupable d'avoir porté involontairement un coup duquel est résulté la mort, sans les circonstances de guet-apens et de préméditation ».

Satisfaits, les avocats attendent le verdict, confiants. Le Président en donne lecture, quelque temps plus tard, rejoignant le réquisitoire du procureur qui s'appuyait sur la première déclaration du jury :

«- En conséquence de la déclaration du jury, Marie Thérèse Georgel est acquittée de l'accusation portée contre elle et sera remise en liberté si elle n'est retenue pour autre cause.

-En conséquence de la première déclaration du jury et en vertu des articles 295, 304, 20, 22, 26 du Code Pénal et 368 du Code d'Instruction Criminelle, Claude Lejeaj, accusé présent, est condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité et aux dépens de son procès, à être flétri des lettres T.P et mis au carcan sur l'une des places publiques de la ville d'Epinal avec les formalités prescrites par les articles 20 et 22 précités. »

L'article 295 du Code Pénal indique que l'homicide volontaire est qualifié de meurtre, l'article 304 que le meurtre est puni de mort lorsqu'il aura accompagné ou suivi un autre crime ou délit, et qu'en tout autre cas le coupable de meurtre sera puni de la peine de travaux forcés à perpétuité. Claude Lejeal n'ayant pas tué Baradel dans le but d'accomplir un autre forfait, tel que le vol par exemple, il ne peut donc être condamné à mort.

L'article 20 stipule que le condamné sera flétri en place publique par l'application avec un feu brûlant d'une empreinte sur l'épaule droite : la marque au fer rouge des lettres T.P : Travaux ( Forcés) à Perpétuité.

L'article 22 entraîne l'exposition au carcan et l'article 26 précise que l'exécution aura lieu sur une des places publiques du lieu qui sera indiqué par l'arrêt de condamnation.

Quant à l'article 368 du Code d'Instruction Criminelle, il condamne l'accusé aux frais envers l'Etat et l'autre partie, soit, dans le verdict, « aux dépens de son procès ».

 

Les frais de Justice Criminelle, pour le Juge d'Instruction de Saint-Dié, Louis Melchior Febvrel, pour la Cour Royale de Nancy et pour la Cour d'Assises d'Epinal, incombant à Claude Lejeal, se montent à quatre cent quarante six francs cinquante centimes.

 

Lejeal est condamné à une heure de carcan sur la place des Vosges à Epinal avec, au-dessus de sa tête, un écriteau portant son nom, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation. L'heure passée, il sera alors marqué des lettres T.P.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 00:11
 

Le 2 août 1823, la Cour Royale de Nancy, examinant l'affaire, signe un arrêt renvoyant par devant la Cour d'Assises des Vosges « pour y être jugés les nommés Claude Lejeal et Marie Thérèse Georgel sa femme, tous deux cultivateurs à Rosé, commune de Granges, accusés d'assassinat ».

Les sessions ordinaires de la Cour d'Assises d'Epinal ont lieu aux mois de mars, juin, septembre et décembre. Habituellement la Cour se compose d'un président, deux conseillers ou juges assesseurs, douze jurés tirés au sort sur une liste de trente six noms déjà tirés au sort sur une liste annuelle, d'un membre du Ministère Public et d'un greffier.

Le procès a lieu en audience publique à Epinal le 6 septembre 1823. Y siègent Messieurs Charles Xavier Nicolas François de Rozières, Conseiller de sa Majesté Louis XVIII en la Cour Royale de Nancy, président, Jean Louis Chavanne, second président, Antoine Joseph Martin, vice-président, Pierre François Benoist et Dieudonné Henri Joseph Cosserat de Rouverois, plus anciens juges non empêchés au tribunal de première instance d'Epinal.

Le ministère public est représenté par le Procureur du Roi, Joseph Cuny, et le commis greffier est un nommé Joseph Poirot. C'est lui qui signe le procès verbal de tirage au sort des jurés ce 6 septembre. Une liste de trente avait été préalablement tirée. On y trouvait les noms de Messieurs Perrin, Ruyer, Mariotte, Grandclaude, Grosmand, Falque, Rotiot, Garnier, Durand, Chevreux, Aymé, De Légier, Choley, Muller, Décormeau, Baudel-Martinet, De Bourgogne, Marchal, Gaxatte, Caumont, le Comte Depardieu, Chavane, le chevalier De Valentin d'Uriménil, Lepaige, Balon, Mougeot, Loye, De Maillier, Boitteux et Lamarche.

Le second tirage désignera les noms des douze jurés : Perrin, Ruyer, Grandclaude, Rotiot, Aymé, Baudel-Martinet, De Bourgogne, Gaxatte, Caumont, Lepaige, Balon et Loye. Chacun d'eux est âgé d'au moins trente ans.

 

Claude Lejeal a pour avocat Maître Mandheux et c'est Maître Pellet qui assure la défense de Marie Thérèse Georgel.

 

Le procès peut commencer. Les jurés écoutent avec attention les différents aspects et témoignages du drame et l'acte d'accusation signifié aux époux Lejeal ainsi que l'arrêt de renvoi « portant ordonnance de prise de corps ». A la suite de quoi le président présente au jury les questions ainsi formulées :

« Claude Lejeal et Marie Thérèse Georgel sa femme, tous deux demeurant à Granges, accusés présents, sont-ils coupables d'avoir, dans la soirée du 17 juin dernier, par participation en coopération commune, porté volontairement un coup d'un instrument tranchant à Laurent Baradel, duquel coup il est résulté la mort de ce dernier, avec les circonstances que ce coup a été porté, premièrement avec guet-apens, deuxièmement avec préméditation ? 

Marie Thérèse Georgel est-elle coupable de complicité de ce coup d'un instrument tranchant porté volontairement à Baradel et duquel est résulté sa mort, pour avoir avec connaissance aidé ou assisté l'auteur dans les faits qui ont préparé, facilité ou consommé l'action, avec la circonstance que ce coup a été porté, premièrement avec guet-apens, deuxièmement avec préméditation? »

A ces deux questions les jurés vont devoir répondre en se retirant pour délibérer. S'ils sont tous convaincus de la culpabilité de Lejeal, ils débattent davantage pour établir s'il a ou non prémédité son geste, peut-être en remontant furieux de Granges, et s'il a ou non tendu une sorte d'embuscade à sa victime. Ils rejettent finalement cette dernière éventualité car, après tout, Lejeal se trouvait devant sa maison et on ne peut rien trouver de répréhensible à cela.... Peuvent-ils l'accuser d'avoir tendu un guet-apens alors qu'il est chez lui ? Non, évidemment, et c'est unanimement qu'ils refusent d'admettre la circonstance de guet-apens.

Claude Lejeal a-t-il prémédité le meurtre de Laurent Baradel ? Ils ne le pensent pas non plus. L'altercation chez Francion est bien de son fait, il était sans doute encore sous l'effet de la colère, mais les douze hommes ne retiennent pas qu'il aurait décidé de tuer, tout au plus de se poser comme le plus fort, même verbalement. Ils croient plutôt que l'alcool l'a poussé à tirer son couteau pour battre à tout prix un homme plus vigoureux que lui et qu'il ne parvenait pas à terrasser. Sa taille, moyenne, complexait sans doute cet homme irritable et il compensait par son agressivité....

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 00:39
 
  • Madame Lejeal, votre mari avait-il un couteau en poche pour se rendre à la foire le 17 juin ?

  • Non, il n'en avait pas.

  • Le soir, il est ressorti. Et vous-même, êtes-vous sortie après avoir entendu des éclats de voix ou des bruits provenant de l'extérieur ?

  • J'ai ouï du bruit, j'ai quitté un instant mon enfant ( Jean Joseph, 27 mois ) pour aller voir...

  • Et....à ce moment, vous avez vu votre mari se querellant avec Baradel ?

  • Non. J'ai rencontré mon mari sur le seuil et nous sommes rentrés ensemble.

  • Vous persistez à prétendre ne pas être sortie....Et le verre d'eau de vie que vous aviez servi, à qui le destiniez-vous alors ?

  • Je persiste à soutenir que je ne suis pas sortie. J'ai bu de l'eau de vie à la cuisine pendant qu'on mangeait la soupe au poêle, mon mari y étant déjà, mais c'était pour me remettre de la frayeur que m'avait occasionné le bruit que j'avais entendu hors de la maison.

  • Ce bruit, sans aucun doute celui qui accompagna les derniers instants de Baradel, vous avez bien dû essayer d'en localiser la provenance, donc voir le corps étendu ?

  • Non; Je n'ai connu la mort de Baradel que le lendemain matin.

 

Elle nie tout, comme son mari, mais ce système de défense ne tiendra devant aucun tribunal, se dit le juge Febvrel. Il la fait raccompagner à sa cellule et fait revenir le mari une dernière fois :

  • De nombreux témoins rapportent votre dispute avec Baradel, le 17 juin dans la soirée, vous ne pouvez continuer à nier cette évidence !

  • Non. Je n'étais pas là.

  • Votre femme a entendu du bruit, vous ne pouvez pas ne pas l'avoir entendu vous aussi...

  • Je vous proteste que je n'ai rien ouï et que ma femme n'a pas pu entendre quelque chose.

  • Ah....... Donc : vous étiez là !

  • Chez moi, à l'intérieur, pas sur le chemin.

  • Aviez-vous un couteau pour descendre à Granges le matin ?

  • Oui, comme d'habitude, il me sert pour casser la croûte et même d'outil. Je ne suis pas le seul dans ce cas ….

 

Mis au pied du mur, Lejeal nie encore. Cependant, le juge voit deux contradictions entre les époux Lejeal : le couteau en poche et le bruit entendu au dehors. C'est peu, mais avec les témoignages accablants, cela suffit pour les inculper tous les deux d'assassinat. L'instruction est close.

Le 23 août suivant, emmenés au palais de Justice d'Epinal, les deux époux sont pressés par le président Chavane de dire enfin la vérité. Peine perdue, chacun d'eux affirme « que ses réponses contiennent vérité et qu'il y persiste ».

 

Rien ne fait revenir les époux Lejeal sur leurs déclarations.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 00:02
 

Jean-Baptiste Didier n'en peut plus, il craque, innocent et ne voulant pas payer pour le crime d'un autre, il avoue avoir menti et le juge lui demande de dire toute la vérité sans rien omettre :

  • Le mardi 17 juin, avant 7 heures du soir, j'ai bu deux « anglaises » de vin avec Claude Lejeal, chez Francion.

  • Avez-vous assisté à la querelle entre Baradel et Lejeal ?

  • Oui....

  • Lejeal était-il le provocateur ?

  • Oui.

  • Est-ce lui qui a agressé Baradel plus tard à Rosé devant chez lui ?

  • C'est la vérité, Ferry n'a pas menti et je n'ai pas participé aux coups : il m'avait mis à l'écart en m'empoignant.

  • La rixe a-t-elle été longue ?

  • Je ne saurais dire exactement, Monsieur le Juge,deux ou trois minutes …. puis Baradel est tombé...

 

Cette confession accable Claude Lejeal. N'ayant plus ni indices ni charges contre Didier, le juge Febvrel renonce à l'accusation portée contre lui et le fait relaxer.

 

Le mercredi 18 juin 1823, c'est Georges Baradel, frère cadet de Laurent, 41 ans, habitant Barbey-Seroux, qui va déclarer à la mairie de Granges le décès de son frère. Le greffier enregistre cette déclaration en ces termes : « ….le dix huit juin 1823, Georges Baradel, frère du décédé ci-après nommé » nous a déclaré que « Laurent Baradel, âgé de quarante trois ans, époux de Marguerite Mengeolle, né à Granges, cultivateur à Heméfosse, est décédé le dix sept juin vers les neuf heures du soir, lieudit au Canton de Rosé, territoire de Granges, d'une mort très violente, et après que les articles 81 et 82 du Code Civil ayant été remplis nous avons dressé le présent acte ... ». Suivent les signatures du maire et de Georges Baradel.

L'article 82, relatif à des décès consécutifs à des violences, alinéa 1er du Code Civil, stipule que l'officier de police sera tenu de transmettre de suite à l'officier d'état civil du lieu du décès tous les renseignements énoncés dans son procès verbal ( procès verbal relatif au cadavre présentant des signes de mort violente – article 81 – d'après lesquels l'acte de décès sera rédigé). Mais l'acte de décès ne doit différer en rien d'un acte ordinaire puisqu'il ne doit pas mentionner les circonstances de la mort.

Georges Baradel épargne ainsi à la famille de son frère la douleur supplémentaire d'accomplir cet acte officiel et obligatoire.

 

Le samedi 28 juin 1823, le juge d'instruction dresse un état des pièces à conviction et mentionne les 3 couteaux dont 2 à manche d'os et 1 de bois saisis chez Lejeal ainsi que les vêtements de la victime.

 

Puis, après mûre réflexion, il est amené à suspecter Marie Thérèse Georgel, l'épouse de Claude Lejeal, de complicité de meurtre en ayant aidé ou poussé son mari à perpétrer son forfait. En conséquence, il rédige contre elle un mandat d'amener le 14 juillet suivant.

 

C'est la brigade de Gendarmerie Royale de Gérardmer qui exécute ce mandat le 18 juillet : l'arrestation de la prévenue est faite par le maréchal des logis Jean-Baptiste Hérard secondé du gendarme Joseph Saulcy.

 

Incarcérée à la maison d'arrêt de Saint-Dié, Marie Thérèse Georgel, épouse Lejeal, 33 ans, est décrite comme étant d'une taille de 1m49, cheveux et sourcils châtains, front ordinaire, yeux bleus, nez moyen et bouche moyenne, menton rond, visage ovale de teint clair, elle ne sait pas signer.

 

Le lendemain de son arrestation, le 19 juillet, la femme Lejeal est interrogée par le juge Febvrel.

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 00:36
 

Marguerite s'éloigna, lasse, très lasse.......

Jean Georges Thiébaut, le domestique-pâtre âgé de 13 ans, fait la même déposition que les deux sabotiers et le juge écoute Marie Anne Froitier, 28 ans, qui réside chez son frère, François Dominique dit Francion, aubergiste :

  • Vous travaillez à l'auberge avec votre frère, n'est-ce pas ?

  • Oui, Monsieur le Juge, on a eu beaucoup de travail hier....et il a fallu qu'une dispute assez violente s'élève entre Baradel et Lejeal, mon frère a mis Lejeal dehors car il était menaçant.

On fait venir un des gardes-champêtres de Granges, Laurent François Pierre, qui a assisté à la querelle en mai au cabaret Morel :

  • Est-ce bien Claude Lejeal qui chercha noise ce jour-là ?

Convaincu de la culpabilité de Lejeal, le juge Febvrel, magistrat consciencieux, continua néanmoins ses audiences avec rigueur :

  • Je me nomme Marie Barbe Paxion, épouse Morel, cabaretière, j'ai 29 ans …

Son témoignage, corroborant celui du garde-champêtre, ajoute à la conviction du juge : la jalousie de Lejeal pourrait bien être à l'origine du meurtre. Ses reproches, injures et menaces en témoignent.

 

Mis hors de cause, Nicolas Ferry est relâché par Mr. Febvrel le même jour à cinq heures du soir. Heureux de regagner sa ferme du Pré du Lait, il reste cependant choqué par les évènements qu'il vient de vivre, bien involontairement, et c'est avec anxiété et tristesse qu'il repasse là où il vit mourir son ami, qui n'avait que 43 ans! Jamais il n'oublierait et il lui serait toujours pénible de passer par là.

 

Le jeudi 19 juin 1823, le juge Febvrel reprend ses auditions, toujours à la mairie de Granges :

  • Je me nomme Pierre François Lalouette, j'ai 35 ans et suis Garde général des Eaux et Forêts à Corcieux. Je me souviens très bien, il y a de cela quelques années, alors que je me trouvais avec Laurent Baradel, qu'il me fit remarquer Joseph et Claude Lejeal qui passaient.... Et il me dit « Voilà deux mauvais sujets que je crains et je ne voudrais pas m'en retourner la nuit, seul, chez moi ils seraient capables de m'assassiner en chemin ! »

  • Déclaration prémonitoire, s'il en est ! Ce Lejeal aura fort à faire pour se défendre de toute manière car les charges qui pèsent contre lui se précisent à chaque témoignage....

Après avoir remercié le garde, le juge entend le maire de La Chapelle, Jean Nicolas Noël, 51 ans, résidant exactement à Yvoux, même commune, qui rapporte les menaces proférées par Joseph Lejeal contre Baradel chez un cultivateur de sa commune, Nicolas François Perrin, en présence de son propre gendre, en mars de cette année.

Le déposant suivant est le Perrin en question qui relate les mêmes évènements et comment ils ont dû maîtriser Joseph Lejeal pour l'empêcher de se jeter sur Laurent Baradel.

Marie Anne Demangeon, épouse Perrin, de Rosé, âgée de 46 ans, raconte le retour de la foire quand Jean-Baptiste Didier et Claude Lejeal les rejoignirent, qu'il ne fut pas question de Baradel pendant le trajet et que Lejeal insistait pour que Didier, son beau-frère, l'accompagne chez lui.

  • Vous êtes affirmative lorsque vous dites que Didier ne voulait pas l'accompagner et qu'il s'est laissé entraîner, pour ainsi dire « malgré lui », chez son beau-frère, Lejeal ?

  • Oui, Monsieur le Juge, je le crois. Je les ai laissés alors que Didier faisait encore des efforts pour se séparer de Lejeal. Je n'ai pas entendu la suite, je me hâtais de rentrer, avec ma fille et mon fils, pour aller faire la soupe. ( notons que « la soupe » peut être un repas divers )

Nicolas Georges, son fils, confirme ses dires, il n'a rien de plus à ajouter.

Le 19 ème témoin auditionné par Febvrel est Jean Nicolas Villaume, de Rosé, qui renforce la conviction du juge en assurant avoir entendu la dispute devant chez Lejeal, prouvant que Lejeal, comme Didier, mentent incontestablement et il interroge Didier à nouveau les jours suivants à la maison d'arrêt de Saint-Dié :

  • Ecoutez, Didier, j'ai acquis la certitude que vous n'êtes pour rien, sauf témoin, dans cette triste affaire.... Mais votre silence et vos dénégations vous rendent complice de votre beau-frère, le faux témoignage est sévèrement puni par la Justice et je vous conseille de parler tant qu'il en est encore temps ! Après, votre situation sera compromise …........

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 00:32
 

Le témoin suivant était le sabotier Jean- François Genay, 20 ans, des Arrentès, lieu-dit Devant les Voids, au service de Claude Lejeal, chez qui il loge actuellement; après avoir décliné tout cela :

  • Avec mon camarade Stouvenel et le jeune domestique Thiébaut, nous sommes sortis après avoir entendu des éclats de voix....

  • A qui appartenaient ces voix ?

  • Je n'ai pas connu les personnes qui se disputaient mais j'ai pensé que ce pouvait être mon maître... Nous sommes rentrés précipitamment pour ne pas être mêlés à une bagarre....

  • Et ensuite ?

  • Nous avons mangé la soupe et les pommes de terre et nous avons fumé la pipe au coin du feu avec notre maître.

Nicolas Stouvenel, 19 ans, des Arrentès, lieu-dit Sarimont, lui, a une version un peu différente :

  • J'ai distingué le grand Baradel, le grand Colas, Jean-Baptiste Didier, mon maître et sa femme.

  • Lesquels étaient aux prises et que disait-on ?

  • Je n'ai pas pu distinguer ceux qui frappaient et ce qui se disait, Monsieur le Juge.

  • La femme Lejeal était dehors donc.... Qu'a-t-elle dit ou fait en rentrant ?

  • Elle nous a donné un verre d'eau de vie, en a bu un et en a porté un autre dehors.... Elle s'écriait « Oh mon Dieu, mon Dieu ! »

  • Que se passa-t-il après cela ?

  • Mon maître et sa femme sont rentrés et on nous a servi la soupe.

  • Ils n'ont fait aucune remarque ?

  • La femme Lejeal nous a recommandé de ne rien dire de ce qui s'était passé et, depuis ce moment-là, elle nous a toujours fait les mêmes sollicitations ainsi que sa soeur Catherine. Je ne sais pas à qui elle destinait le verre de goutte qu'elle a porté dehors en se cachant ….

A la suite de quoi, le juge rappelle Genay :

  • Etes-vous sûr d'avoir tout dit ? Votre camarade sabotier a mentionné d'autres détails au sujet d'eau de vie …...

  • C'est vrai, j'avais oublié... Je confirme.

  • Par conséquent la femme Lejeal était bien avec son mari au moment du drame ?

  • Oui, Monsieur le Juge, et, quand elle est rentrée, elle nous a dit, tout comme ce matin : « Mes enfants, prenez bien garde de dire le moindre mot ! »

Le suivant, Jean-Baptiste Perrin, 60 ans, manoeuvre, demeurant au Haut de Rosé, employé chez le voisin immédiat de Claude Lejeal, Jean Claude Villaume, déclare qu'il a été choisi par l'adjoint de Granges pour garder le corps avec son maître et qu'ils ont allumé un feu pour s'éclairer et se réchauffer un peu « depuis 11 heures du soir jusque vers 2 heures du matin » et qu'il n'a vu personne rôder autour de la maison Lejeal ni en sortir.

Ce que confirme Jean Claude Villaume, ajoutant que Ferry lui a dit que Didier n'avait personne frappé et que Lejeal était seul coupable.

Puis vient le tour de Nicolas Ferry, déjà entendu, mais dont le témoignage primordial, mérite qu'on y revienne. Il ne change pas un mot à sa première déposition mais la complète d'une remarque :

  • Lorsque je suis descendu à la foire de Granges et que je me trouvais à hauteur du calvaire du Haut de Herméfosse, j'ai aperçu la femme Lejeal, qui, profitant certainement que Laurent était à la foire, disait plein de bêtises à Marguerite et la disputait vivement !

    Le juge fait alors comparaître Marguerite , très éprouvée, mais trouvant le courage de déposer pour que justice soit rendue à son mari, après avoir donné son identité et son âge ( 55 ans ), elle parle en sanglotant :

  • Mardi, mon mari est allé à la foire et je n'ai plus eu le bonheur de le revoir.....Je n'ai appris qu'à 5 heures du matin qu'il avait été tué....Les Lejeal lui en voulaient par jalousie parce qu'il avait acheté des terrains communaux voisins de leurs propriétés et louait aussi des pâturages.

La femme Lejeal est venue hier me lancer des injures et s'en prenait aussi aux bêtes....

- Merci madame, vous avez l'autorisation d'inhumer le corps de votre époux.

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 00:04
 

Ils sont « fringants » les gendarmes dans leur bel uniforme : veste noire bordée d'un liseré rouge et fermée de boutons blancs, épaulettes blanches, fourragère blanche sur l'épaule gauche et ceinture jaune. Sur le pantalon bleu, ils portent de longues bottes noires et leurs mains sont revêtues d'une belle paire de gants en cuir jaune. Ils ont fière allure sur leurs chevaux, armés d'un fusil et portant un sabre à la ceinture. Le bicorne noir et banc renforce encore leur allure martiale et leur passage sur les chemins de campagne impressionne toujours.

Il ne reste plus au juge Louis Melchior Febvrel qu'à lancer une cédule, une citation en justice de paix, pour appeler les témoins susceptibles d'éclairer l'affaire au mieux. Il les verra ce mercredi 18 juin 1823, puis le jeudi 19 et les jours suivants, autant que nécessaire, pour leur déposition, en la mairie de Granges. Il entend 13 témoins : Jean-Baptiste Perrin, détenu à la prison de Granges, Dominique Villaumé, maire de Granges, Jean-Baptiste Michel, adjoint, Jean François Genay, sabotier, Nicolas Stouvenel, sabotier, Jean-Baptiste Perrin, manoeuvre, Jean Claude Villaume, cultivateur, Nicolas Ferry dit le grand Colas, Marguerite Mengeolle, veuve de la victime, Jean Georges Thiébaut, domestique et pâtre, Marie Anne Froitier, aubergiste, Laurent François Pierre, garde-champêtre et Marie Barbe Paxion épouse Morel, cabaretière.

Puis 6 autres le 19 : Pierre François Lalouette, garde général des Eaux et Forêts à Corcieux, Jean Nicolas Noël, maire de La Chapelle, Nicolas François Perrin, cultivateur à La Chapelle, Marie Anne Demangeon femme Perrin, de Rosé, Nicolas Georges Perrin, son fils et Jean Nicolas Villaume, de Rosé aussi.

 

L'audition commence le 18 juin :

  • Je me nomme Jean-Baptiste Perrin, je suis âgé de 20 ans, fils de Nicolas Georges Perrin cultivateur à Rosé, détenu en la prison de Granges. Depuis ce matin vers 2 heures, Ferry, Didier et Lejeal sont enfermés avec moi.

  • Auriez-vous entendu quelque chose pouvant éclairer cette affaire ?

  • Ils ont causé un peu entre eux, Ferry a toujours soutenu que c'était Lejeal qui avait donné le coup mortel avec un couteau à Baradel.

  • Et Didier ?

  • Ferry l'a apostrophé en lui disant qu'il n'oserait pas lui donner un démenti, que cela serait dangereux pour lui qui, jusqu'à présent, n'avait rien à se reprocher....Didier est resté muet, songeur.

  • N'omettez rien, il s'agit d'un crime et ne risquez pas de vous compromettre....

  • Le matin, au jour, la belle-soeur de Lejeal, Catherine Georgel, est venue à la fenêtre de la prison..... Elle lui a dit qu'il lui devait 150 Louis verbalement et elle lui réclamait un titre. Elle a dit ensuite des sottises au grand Colas et que ce pourrait bien être lui l'auteur de l'homicide de Baradel.

  • Hum, fit le juge, en réclamant ce titre précisément aujourd'hui, elle ne semble guère croire en l'innocence de son beau-frère ! On imagine même qu'elle craint de devoir dire adieu à ses Louis si Lejeal est inculpé …. Mais, dites-moi, pendant que j'interrogeais Ferry, Didier et Lejeal n'ont-ils pas conversé ensemble ?

  • Si, Monsieur le Juge, même que Lejeal a recommandé à son beau-frère de dire comme lui, que ni l'un ni l'autre n'était là quand Baradel avait reçu le coup mortel....

  • Ah, ah ….

Et il fit venir le second témoin :

  • Je me nomme Dominique Villaumé, 54 ans, maire de granges.

Et il répéta tout ce qu'il savait depuis la nuit où on l'avait réveillé pour lui apprendre le drame.

  • N'avez-vous rien à ajouter ?

  • Oui, Monsieur le Juge, j'ajoute que Claude Lejeal passe pour un peu « mâtin » lorsqu'il a bu et, qu'il y a environ six semaines, chez Morel, il a déjà voulu se saisir d'un couteau contre Baradel, j'ai moi-même assisté à la scène !

  • Merci, notez greffier, et qu'on aille quérir le témoin suivant ...

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 00:37
 

Les 3 détenus sont interrogés l'un après l'autre. On commence par Nicolas Ferry, qui, après avoir répondu aux questions d'usage, fait sa déposition :

  • Je me nomme Nicolas Ferry, je suis un ami de Laurent Baradel, j'ai 47 ans et suis cultivateur à la cense du Pré du Lait, sur la commune de La Chapelle. Hier, 17 juin, à la foire de Granges, j'ai pris une tasse de café Chez François Dominique Froitier, dit Francion, jusque 7 heures du soir avec Baradel. Claude Lejeal, avec lequel il a souvent des différends à cause de leurs propriétés, est venu l'y trouver et l'injurier en disant qu'il était un gueux et un voleur qui s'emparait du terrain communal.

  • Etait-il seul en entrant à l'auberge ?

  • Non, Monsieur le Juge,. Jean-Baptiste Didier, son beau-frère, était avec lui, mais il n'a point querellé Baradel. Il cherchait même à emmener Lejeal.

  • Voulez-vous dire que Didier a tenté d'éviter la dispute ?

  • On pouvait le penser, à mon avis.

  • Ensuite ? Interrogea à nouveau le juge.

  • En rentrant et en passant devant chez Lejeal, celui-ci a interpellé mon ami et une bagarre s'en est suivie.

Nicolas raconte alors tout sans oublier de détails. Il n'oubliera pas ce soir-là !

  • Est-ce tout ou avez-vous quelque chose à ajouter à votre déclaration ?

  • C'est tout, Monsieur le Juge. Je vous ai dit la vérité sur les faits d'hier au soir et n'ai rien omis.

 

On reconduit alors Ferry et on amène Lejeal. Aux questions de Febvrel, Lejeal répond par la négative. Il nie tout.

  • Enfin, dit le juge, vous avez bien eu une querelle avec le nommé Baradel dans la soirée du 17 juin près de votre domicile ?

  • Aucune, je n'étais pas là....

  • Reconnaissez-vous avoir eu une dispute avec lui à l'auberge Froitier ?

  • C'est faux.

  • Même l'Adjoint au Maire de votre commune a été témoin de cette dispute chez ledit Francion !

  • Il ment !

 

Inutile d'insister, pense le juge, cet homme est plus têtu qu'une mule, je n'en tirerai rien.

  • Raccompagnez Lejeal et faites venir le nommé Didier.

Etonné, mais sans plus, le juge revit le même scénario : Jean-Baptiste Didier nie tout également. Il n'a rien fait, rien vu et rien entendu …..

 

A 11 heures du matin, le juge Febvrel se rend chez Claude Lejeal pour perquisitionner. En pure perte, il ne trouve ni arme du crime, ni vêtements ou draps ensanglantés. Il sort, toujours accompagné des gendarmes, du maire et de son greffier personnel. Il continue la perquisition chez Didier mais n'y trouve pas plus d'indices. Puis, aiguillé par « quelque témoin », se rend à nouveau chez Lejeal et y saisit 3 couteaux dont 2 à manches de corne et 1 à manche de bois. Ces objets sont renfermés dans une serviette de toile blanche à raies rouges, ensanglantée ! Evidemment, rien ne prouve qu'il s'agisse du sang de Laurent Baradel et on n'est pas alors en mesure d'affirmer que ça ne peut être du sang de lapin, par exemple....

 

Cependant, il y a suffisamment d'éléments à charge pour que le juge d'instruction rédige un mandat de dépôt aux noms de Claude Lejeal et Jean-Baptiste Didier pour la maison d'arrêt de Saint-Dié.

 

Ce sont les gendarmes Jean-Baptiste Folcher et Georges Babel, de la Gendarmerie Royale de Bruyères qui vont s'acquitter de cette mission.

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 00:06

 

C'est ainsi que Nicolas Ferry, Jean-Baptiste Didier et Claude Lejeal se retrouvent enfermés à la petite prison de Granges, dans l'unique « cellule ». Il y a là un autre fils de Nicolas Georges Perrin et Marie Anne Demangeon, de Rosé, Jean-Baptiste Perrin, 20 ans, incarcéré pour une affaire de moindre importance.


L'arrestation de jeunes gens pour bagarre ou tapage, avec ou sans dégradations, sous l'emprise d'un état alcoolique, est chose assez courante, malheureusement.


Mercredi 18 juin 1823.... Marguerite Mengeolle, épouse Baradel, a été informée à 5 heures du matin du décès de son mari et des circonstances présumées. Elle est effondrée. Pour elle, après la perte de son petit Dominique Victor, cela a fait 7 ans le 18 avril, un second calvaire commence …


Le maire de Granges fait porter une lettre au juge de paix du canton de Corcieux pour le prévenir de la présence d'un « cadavre de sexe masculin que je présume être un nommé Laurent Baradel, propriétaire à Herméfosse » et pour lui signaler, outre le fait qu'il ait déjà averti la Gendarmerie Royale de Bruyères, qu'il a procédé à trois arrestations au cours de la nuit précédente.


Le matin même, le Juge d'Instruction de l'Arrondissement de Saint-Dié, Louis Melchior Febvrel, se rend auprès du domicile de Lejeal pour faire les constatations d'usage et commencer ses investigations, en présence des gendarmes de Bruyères. Le médecin de Bruyères, le docteur Mougeot, arrive également sur place pour l'examen du mort. Il procède à son travail et s'adresse au juge :

  • Je constate sur le pantalon en toile bleue du cadavre une coupure vers le tiers supérieur et antérieur de la cuisse droite, de même qu'au caleçon et à la chemise de toile blanche placés sous le pantalon. J'ai examiné la blessure …

  • Qu'en déduisez-vous Docteur ?

  • Cela me paraît clair : il y a dans l'aine une plaie de de 45 millimètres, large de 2 à 4 millimètres et d'une profondeur de 50 millimètres, l'artère crurale a été ouverte, de même que la veine crurale et le nerf crural.

  • Avez-vous une idée de ce qui a pu causer une telle blessure ?

  • Certes, il s'agit sans doute d'un instrument aigu et tranchant, j'opte pour un couteau, de poche, je pense....

  • Comment est mort cet homme ?

  • D'hémorragie, incontestablement. D'ailleurs tout ce sang en témoigne …

  • La mort a-t-elle été instantanée Docteur ?

  • Je crois pouvoir affirmer qu'elle a pu avoir lieu presqu'à l'instant même comme 12 à 15 minutes après la section de cette artère.

  • N'y avait-il rien à faire pour sauver la vie de ce pauvre homme ?

  • Pour cela, il aurait fallu une personne compétente sur place. Je pense qu'aucun des témoins présents n'aurait été capable de le sauver. Pourtant il aurait pu l'être : par compression et ligature de l'artère crurale, mais........

  • Merci Docteur, vos indications précises me seront très utiles, ajouta le juge en saluant le médecin qui regagna Bruyères, son devoir accompli.

  • Au revoir, Monsieur le Juge, et bonne chance pour votre enquête...


Le juge d'instruction se rend maintenant à la prison de Granges pour y interroger les trois hommes arrêtés à Rosé pendant la nuit. Il ne peut s'empêcher de penser qu'il est vraiment navrant qu'un meurtre soit commis dans un endroit au nom si joli : « Rosé », un lieu où poussent les roses, ou plus exactement les aubépines...

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 00:04
 

Jean-Baptiste Michel se penche sur le corps inerte

  • Nom de nom ! Tu as dit vrai : regarde cette mare de sang ! Et le cadavre est déjà froid. Quelle histoire ! Que faire maintenant ? Je dois prévenir le Maire mais, avant, il faut que je trouve quelqu'un pour garder le corps, je ne peux pas le laisser là comme ça …

  • Oui, si on allait voir chez Jean Claude Villaume ? c'est à côté ...

  • C'est ça. Espérons qu'il y ait du monde …

  • A cette heure, sans doute....

Michel frappe chez Villaume, c'est la maison voisine de celle de Lejeal .La porte s'ouvre.

  • Bonsoir Jean Claude, tu es seul ?

  • Non, Jean-Baptiste Perrin, du Haut de Rosé, est là, il travaille pour moi en ce moment. Pourquoi ?

  • J'ai besoin de vous, Laurent Baradel a été tué tout près d'ici, devant chez Lejeal, et il faudrait que tous les deux vous gardiez le corps pendant que je redescends à Granges avec Ferry afin de prévenir le Maire de cette triste affaire...

  • On y va, tu peux compter sur nous.

Villaume appelle Perrin pour établir la garde du cadavre du grand Baradel. Ils allument un feu, il est 11 heures du soir et les deux hommes surveillent les alentours. Rien ne bouge. Tout est calme, comme si rien ne s'était passé …

Pendant ce temps, Ferry et Michel arrivent à Granges sur les coups de minuit et frappent à la porte du Maire, Dominique Villaumé, qui était couché. Enfin il ouvre :

  • C'est toi Jean-Baptiste, qu'est-ce que tu veux en pleine nuit ? Il y a du grabuge ?

  • Oh oui …........ C'est le moins qu'on puisse dire : Laurent Baradel du Haut de Herméfosse a été assassiné près de chez Claude Lejeal, à Rosé.

  • Ca alors ! Je m'habille et j'arrive. J'en ai pour une seconde....

 

Ferry, Michel et Villaumé se hâtent vers Rosé. En chemin, les 2 premiers rapportent au Maire tout ce qu'ils savent sur cet assassinat.

Dominique Villaumé constate le décès et interroge Nicolas :

  • Tu as dit que Jean-Baptiste Didier avait pris part à l'altercation ?

  • Oui, mais lui n'a personne frappé, et puis je m'assurais de lui !

  • Je ne puis en juger, je suis juste habilité à arrêter les témoins du meurtre !

  • Je comprends, fais ce que tu dois faire.....

Le Maire frappe avec insistance chez Claude Lejeal :

  • Qu'est-ce que c'est ? Qui nous réveille à cette heure de la nuit ?

  • Ouvre Lejeal, c'est moi, le Maire !

  • Voilà, voilà !

Manifestement il sort du lit et paraît tout étonné :

  • Qu'est-ce qu'il y a ?

  • Fais lever tes gens, Baradel est mort assassiné là, dehors, et tu es le principal suspect....

  • De quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Je n'ai seulement pas vu Baradel de toute la journée !

  • Ne discute pas. Ce n'est pas moi qui jugerai.

 

Après avoir réuni tout le monde, Dominique Villaumé se rend compte qu'il n'apprendra rien de plus. Chacun garde un silence prudent, habitude de la campagne.... Il ordonne alors à Claude Lejeal de se vêtir et de le suivre, celui-ci s'exécute, il ne peut en être autrement.

Ils se rendent ensuite chez Jean-Baptiste Didier où la même scène se reproduit … Didier suit le groupe.

  • Ferry, dit alors le Maire, je dois t'arrêter également. Je préviendrai tout à l'heure et dès que possible la Gendarmerie Royale de Bruyères et le Juge de Paix du Canton.

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  • : Je vous propose de lire chaque jour ( si possible pour moi ) une page d'un roman que j'ai écrit après avoir découvert au hasard d'une promenade et lu sur une croix ( ou calvaire ) de chemin qu'un meutre avait été commis au 19 ème siècle à cet endroit..... J'ai voulu en savoir plus....
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