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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 02:08
 

Mardi 17 juin 1823. Jour de foire à Granges.

 

Ce matin-là, Laurent Baradel vaque à ses occupations en s'efforçant d'être plus rapide qu'à l'ordinaire car il est impatient de descendre à la foire. D'autant que la journée s'annonce belle, le soleil inonde Herméfosse et les odeurs printanières sur la rosée matinale enchantent Laurent qui sait apprécier le bonheur à ces petits riens qui représentent pourtant l'essentiel : la vie dans tout ce qu'elle a de bon quand elle est proche de la nature, proche de la paix.

 

Aidé de son fils, il jette du foin depuis le grenier pour les vaches; il manie la fourche avec soin, de manière à étendre le foin devant les bêtes prêtes à traire avant d'être sorties. Pour la traite il utilise un petit tabouret à un seul pied, ses jambes servant d'appui, qu'il a attaché autour de sa taille. Ses doigts habiles pressent les mamelles et le bon lait chaud gicle dans son seau. Pour éviter de recevoir la queue des vaches, il l'attache grâce à une ficelle fixée à un clou dans le plafond de l'étable.

Pendant ce temps, Laurent fils, a mis à cuire les pommes de terre que Marguerite donnera tout à l'heure aux cochons. L'élevage de quelques cochons, un ou deux, est un apport supplémentaire et, lorsque vient le moment de « tuer le cochon », on fume les jambons et le lard qui entre pour une bonne part dans la cuisine vosgienne. On fait aussi du boudin noir, bref, on ne laisse rien perdre.

  • Laurent, as-tu terminé de traire ?

  • Oui, Marguerite, je vais aller conduire les vaches au parc. Tu as donné les patates aux cochons ?

  • J'y allais, ensuite j'irai m'occuper des poules et des lapins. Qui sort le fumier aujourd'hui ?

  • J'ai demandé au gamin de le faire, il a déjà commencé...

  • Je m'en doutais...Tu es pressé ce matin on dirait ?

  • Tu me taquines... Tu sais que j'adore les jours de foire, c'est sacré pour moi et je ne vais pas la manquer, revoir des amis et toutes ces nouvelles choses...

Marguerite, après avoir donné à manger à ses cochons, lance des graines aux poules, ainsi que des coquilles d'oeufs, elles en ont besoin car le calcaire est rare et cela les aide pour la coquille de leurs oeufs, puis elle distribue de l'herbe, quelques épluchures de légumes et une poignée de foin aux lapins. Les clapiers se trouvent dans une remise attenante à la ferme, tout comme la soue, qu'on appelle réduit, petit espace clos de planches. Quant au poulailler, il est accessible par une petite porte à l'arrière de l'étable, dans laquelle Laurent leur a installé un perchoir et on les rentre le soir venu car le renard rôde... il faut bien protéger les poules car le rusé coquin apprécie ce mets de premier choix, tout comme la buse qui ne se prive pas lorsqu'elle peut fondre sur l'un ou l'autre de ces gallinacés affolés.

Au retour du parc, Laurent interpelle son fils, qui décharge une brouette de fumier sur le tas proche de la ferme :

  • Ca va comme tu veux, mon garçon ? Je vais te donner un coup de mains ….

  • Mais non, cours te préparer pour la foire, cela vaudra mieux !

  • Et toi ? Tu n'y descends pas ?

  • Si, plus tard, j'ai promis d'y retrouver mes amis.

  • Bon, je vais me préparer alors....

Laurent s 'était rasé de près de bon matin, il fait un brin de toilette, troque ses vêtements de travail contre un pantalon de toile bleue et une chemise blanche, échange ses sabots contre des souliers de cuir presque neufs et s'apprête à partir non sans être allé embrasser Marguerite....

En fermier consciencieux, il jette encore un regard attentionné autour de la maison et s'engage dans le chemin qui rejoint, à une cinquantaine de mètres de la ferme, le chemin de La Chapelle à Granges, via Rosé. C'est à ce petit croisement que Laurent et Marguerite avaient fait ériger une croix, un calvaire, il y a maintenant déjà 13 ans.. En passant devant il se signe, regarde à droite, espérant voir apparaître le grand Colas, du Pré du Lait, afin de faire le trajet en sa compagnie, mais il n'y a personne en vue.

  • Bah, se dit-il, je le retrouverai bien en bas...

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commentaires

PILORGET Sylviane 28/01/2010 00:06


EH BIEN J AI FAIT UN VOYAGE DANS LES VOSGES EN TE LISANT !  et je decouvre un bon narrateur ! c'est un plaisir! Je t'embrasse.


Vosgien 28/01/2010 07:40


Merci, c'est gentil ! Bises à toi


Nettoue 23/01/2010 17:24


Tu évoques la vie d'avant aussi dans ton roman Claude.. C'est interessant !
Bon dimanche
Nettoue


Vosgien 23/01/2010 17:37


Il faut vivre avec son temps mais c'est vrai que ça n'empêche pas un peu de nostalgie .....
bises et bon dimanche aussi
Claude


Domm 23/01/2010 16:18


La suite, la suite....Vivement demain ou lundi
Bon WE à toi


Vosgien 23/01/2010 17:00


Patience.... mais j'apprécie....
Bon WE à toi aussi !
Claude


:0014:dom 23/01/2010 05:26



Tout ça sent bon la vie pasible du quotidien d'un paysan ...
Bon week end ! Bisoux






Vosgien 23/01/2010 07:34


Bien vrai : ils manquaient de confort ou autres choses que chacun appréciera mais ils avaient la Nature encore vraie et paisible....
Bon week end, bisous


zebu32 23/01/2010 04:21


Le suspense monte... Laurent arrivera-t-il à la foire ? Reverra-t-il sa femme et son fils ? Vivement demain ! Bises et bon samedi


Vosgien 23/01/2010 07:32


Bon samedi à toi, bises. Demain arrive vite ( de plus en plus vite plus on prend de l'âge ! )


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  • : Je vous propose de lire chaque jour ( si possible pour moi ) une page d'un roman que j'ai écrit après avoir découvert au hasard d'une promenade et lu sur une croix ( ou calvaire ) de chemin qu'un meutre avait été commis au 19 ème siècle à cet endroit..... J'ai voulu en savoir plus....
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