Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 04:52
 

Granges était en plein développement. Laurent Baradel le savait et lui aussi, le propriétaire d'Herméfosse, avait suivi le mouvement : il s'était «  agrandi ». Outre la ferme et ses dépendances, au Haut de Herméfosse très exactement, il possédait au même endroit 2 prés et 3 champs. A Herméfosse, juste au-dessous, il avait 4 champs, 2 prés et un bois. Au Champ de l'Epine, tout près, 2 champs lui appartenaient, un autre à La Petite Fosse et un bois à la Grange Léonard.

C'était une situation enviable et, depuis quelques années, il était jalousé par Claude Lejeal, qui était, souvenons-nous, installé à Rosé, 800 mètres plus bas, sur le chemin de Granges. Ce dernier lui en voulait depuis que Laurent avait acheté en 1820 ce terrain communal de 21 ares 38 centiares. Il aurait voulu aussi ce terrain assez proche, leurs deux exploitations n'étant que peu éloignées l'une de l'autre... Mais Baradel avait soumissionné l'achat en 1819 de la façon la plus légale qui soit, en même temps d'ailleurs que 132 autres acquéreurs de terrains semblables, plus ou moins étendus, vendus par le Conseil Municipal pour couvrir le manque relatif aux dépenses afférentes aux travaux de reconstruction de la maison d'école, des logements de l'instituteur et du marguillier et de la restauration du presbytère.

En plus de cela, Laurent louait des pâturages communaux que Lejeal convoitait également, ce qui alimentait sa rancune, tant et si bien qu'il ne pouvait plus sortir sans exprimer sa colère envers le grand Baradel. Son goût pour la boisson accentuait encore ses accès de fureur en présence ou non de celui qui était devenu son ennemi et, lorsque l'ivresse le gagnait, il ne se contenait plus, vociférait, faisant de grands gestes et s'agitant nerveusement, en proie à une sorte de folie.

Il est de ces personnes, apparemment sensées, que l'alcool transforment en violents agressifs. Claude Lejeal était de ceux-là, certes il n'avait jamais été «  facile », mais cette rivalité, cette haine, avaient aggravé son caractère.

  • Oui, disait-il à qui voulait l'entendre, Baradel, mon voisin, n'est qu'un sale voleur. Il s'est accaparé de terrains communaux. Evidemment, c'est facile, quand on a l'appui de certaines personnes bien placées.... Mais, ça ne se passera pas comme ça et, moi, Claude Lejeal, je vous jure bien que je lui ferai voir qui je suis !

  • Allons, Claude, du calme, répondait parfois un de ceux que ses colères n'impressionnaient pas, rien ne sert de te mettre dans cet état. Tu sais bien que tu ne peux rien contre lui, il n'a rien volé du tout, tu ferais mieux de remonter chez toi, ta femme et tes enfants t'attendent sûrement depuis longtemps.

  • De quoi ? je n'ai pas besoin de vos conseils et je sais ce que j'ai à faire, fichez- moi la paix si vous soutenez cette grande canaille !

De jour en jour, Lejeal devenait irascible, et c'était toujours un soulagement que de le voir reprendre le chemin de Rosé.

  • Ce type-là finira mal, il abuse de la bouteille, il se ruine santé et esprit, et il est bien capable de faire des bêtises, hargneux comme il est...

  • Encore une chance qu'il ne soit pas très fort, le grand Baradel est bien plus costaud que lui, il n'osera jamais essayer de le frapper...

  • Ne t'y fie pas, ce Lejeal est un nerveux et il peut être dangereux quand il a bu.

Le frère de Claude, Joseph Lejeal, de son prénom entier Jean Joseph, avait rallié la cause de son frère et lui non plus ne se privait pas d'invectives à l'encontre du rival de son cadet.

En mars de cette année 1823, Laurent et Joseph s'étaient rencontrés chez Nicolas François Perrin, un cultivateur de La Chapelle et la discussion avait vite dévié vers des reproches à Baradel :

  • … tu n'es qu'un traître, Baradel, et mon frère devrait te corriger ! S'il ne le fait pas, c'est moi qui m'en chargerai...

  • Ecoute, Joseph, avait rétorqué Laurent, ne te mêle pas des histoires de ton frère, la plupart du temps il ne sait plus ce qu'il dit …

  • Tu oses l'insulter ? Attends, tu vas voir...

Et il fit mine d'empoigner Baradel, mais Perrin et le gendre du maire ( Jean Nicolas Noël ) de la Chapelle qui se trouvait là, étaient intervenus vigoureusement .

  •  
    •  
      • Arrête Joseph ! Tu es chez moi ici ! Avait dit Nicolas François en le maîtrisant

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Domm 21/01/2010 19:53


L'alcool mauvais, ça amplifie tous les sentiments négatifs...ça va mal se terminer cette rivalité sans fondement!
Bonne soirée


Vosgien 21/01/2010 20:16


L'alcool a fait bien du mal à travers tous les temps c'est vrai


Fethi 21/01/2010 15:04


Bel article!
Bonne journée


Vosgien 21/01/2010 15:39


Merci et bonne fin de journée.


zebu32 21/01/2010 05:50


Ca chauffe, ça chauffe, et ça montre à quel point la terre était un bien précieux en ce temps-là. Qu'on ne se demande pas pourquoi, ensuite, les paysans ne voulait jamais céder ne serait-ce que
quelques mètres carrés de leurs prés lors des remembrements ! Là aussi, il y avait des "têtes de lard" et des sujets d'empoignades, avec ou sans alcool  Bises à jeûn


Vosgien 21/01/2010 06:05


Oui et même en ville aujourd'hui : à qui démolira pour reconstruire ceci ou cela....
bises


:0014:dom 21/01/2010 05:43



Il y avait beaucoup de rivalité entre les propriétaires terriens, à cette époque et c'est vrai que l'alcool n'aidait pas à la concilliation ... Ca risque de mal se terminer, cette histoire
...
Bon jeudi ! Bisoux




 



Vosgien 21/01/2010 06:06


ça risque, oui !
Belle journée ! Bises
Claude


Présentation

  • : Le blog de Vosgien
  • Le blog de Vosgien
  • : Je vous propose de lire chaque jour ( si possible pour moi ) une page d'un roman que j'ai écrit après avoir découvert au hasard d'une promenade et lu sur une croix ( ou calvaire ) de chemin qu'un meutre avait été commis au 19 ème siècle à cet endroit..... J'ai voulu en savoir plus....
  • Contact

Recherche

Liens